La citation

19 décembre 2013 § Poster un commentaire

Stella Gibbons, poétesse et romancière anglaise (1902-1989)

Stella Gibbons, poétesse et romancière anglaise (1902-1989)

« Il est difficile d’obtenir un jardin sinistre, mais le vieux Mr Wither y était parvenu. »

Une fois n’est pas coutume, la citation que voici est la première phrase d’un réjouissant gros roman, Le Bois du rossignol, paru en 1938 sous la plume de Stella Gibbons, poétesse et romancière injustement oubliée, mais heureusement exhumée des cartons, pour notre plus grand bonheur, par les éditions Héloïse d’Ormesson.
Il arrive que cinq pâquerettes défigurent les pelouses, fussent-elles anglaises. Chez les Spring, ce n’est un souci que pendant 10 minutes, au petit-déjeuner, entre les oeufs au bacon et la lecture du Times, car une armée de jardiniers s’en chargeront.
Mais chez les Wither, les pâquerettes ont plus de chance! Au contraire des filles de la maison, Tina et Madge, la trentaine bien sonnée, mises sous cloche par un père avare. Leur horizon s’élargit quelque peu le jour où elles accueillent la pimpante veuve de leur frère, Viola Wither, 21 ans.

StellaGibbons_LeBoisduRossignol
Les Spring ont tout pour susciter l’envie: le luxe, l’insouciance, les bals et les belles voitures… Jusqu’au jeune héritier du domaine, Victor Spring, un amour d’adolescence de Viola. Mais sous ce vernis apparemment impeccable, les failles ne manquent pas.
Faites confiance à l’auteur (lauréate du prix Fémina en 1934)pour bousculer les codes et les conventions. Passions insensées, cruauté des rapports sociaux… Il s’en passe de belles dans la bucolique campagne anglaise!
Le Bois du rossignol, Stella Gibbons, éd. Héloïse d’Ormesson, 557 pages (25 €)
www.editions-heloisedormesson.com

L’ombre des Tudor

25 juin 2013 § Poster un commentaire

Ombre-des-TudorsCeux qui ont vu la série des Tudor vont adorer se retrouver immergés dans le règne de Henry VIII d’Angleterre. Les autres vont de la même façon s’incliner devant le grand talent de conteuse et la plume étourdissante d’Hilary Mantel.
L’auteur entame avec « Le Conseiller » le 1er volet de sa trilogie Dans l’ombre des Tudor.
Déjà plusieurs fois couronné à l’international, son vaste roman historique vient seulement de sortir chez nous.
Le conseiller en question est Thomas (à l’époque, « tout le monde s’appelle Thomas », Thomas More, Thomas Wolsey, le cardinal, Thomas Boleyn le père d’Anne…), Thomas Cromwell donc, un brillant homme d’influence et de confiance de l’époque, dont le destin peu banal méritait bien d’être mis en avant.
Ce gros volume -plus de 800 pages- fait une lecture d’été idéale, à la fois instructive et passionnante.
Vivement les tomes 2 et 3 de ce page turner hautement littéraire!
« Dans l’ombre des Tudor, vol. 1 Le Conseiller« , Hilary Mantel, éd. Sonatine (env. 24 €).
www.sonatine-editions.fr

Le conseiller Thomas Cromwell, incarné par l'ébouriffant James Frain dans la série The Tudors

Le conseiller Thomas Cromwell, incarné par l’ébouriffant James Frain dans la série The Tudors

Le charme vénéneux de des Esseintes

15 avril 2013 § Poster un commentaire

La Salomé de Gustave Moreau en couverture de cette édition du grand roman d'Huysmans

La Salomé de Gustave Moreau en couverture de cette édition du grand roman d’Huysmans

Des Esseintes, anti-héros d’A rebours. L’ouvrage halluciné de Joris-Karl Huysmans. Une certaine vision du symbolisme…
C’est un peu le roman de la décadence saumurée, le charme vénéneux d’une fin de siècle et l’aube malsaine d’un autre, le tout dans la pénombre d’un huis-clos précurseur d’un surréalisme qui n’était pas encore dans ses langes…
Ce roman mythique est aussi le livre que préférait Serge Gainsbourg, cela vous site une oeuvre.
J’avais très envie de me plonger dedans. C’est chose faite et je ne suis pas déçue. Chaque page, chaque ligne de ce roman statique, audacieux et très novateur au moment de sa sortie, en 1884, éblouit par son style à la fois implacable et poétique, profond et descriptif.
On en ressort plus riche, humainement parlant. Ce n’est pas une lecture qui se laisse facilement oublier. Les livres qui font cet effet ne sont, en fin de compte, pas si nombreux.
« A rebours », Joris-Karl Huysmans, e.a. en édition Poche. www.huysmans.org

Pour le pire et le meilleur?

30 décembre 2012 § Poster un commentaire

Pour un premier roman, cela dépote! Plan de table de l’Américaine Maggie Shipstead déboulonne moult institutions -le mariage, le couple, la famille… Lorsque le vernis des apparences craquelle, ce n’est pas joli, joli.
Snobisme, turpitudes, déceptions, douleurs d’amour propre, la famille Van Meter entre en zone de turbulences au moment de marier Daphné, la fille aînée du couple Winn-Biddy.
plan de tableAvec un réel sens de la formule, une plume allègre et un goût prononcé pour les situations douces-amères, l’auteur nous entraîne sur l’île de Waskeke, en Nouvelle-Angleterre, le temps des derniers préparatifs du mariage. On jubile à mesure que va crescendo la lecture de cette comédie de moeurs grinçante qui a le don de toucher juste, si juste.
Plan de table, Maggie Shipstead, éd. Blefond, 2012 (417 pp.) – www.belfond.fr

Crépuscule

5 août 2012 § Poster un commentaire

De Michael Cunningham, j’avais adoré Les Heures, un roman superbe qui entremêle trois destins de femmes, dont l’une, une certaine Virginia Woolf. Le livre avait fait l’objet d’une adaptation au cinéma (The Hours de Stephen Daldry avec e.a. Nicole Kidman) aussi réussie que l’ouvrage lui-même, chose plus rare qu’une perle dans une huître. L’autre exemple qui me vient spontanément à l’esprit est Expiation (« Atonement ») d’après l’éblouissant roman éponyme de Ian McEwan (film de Joe Wright avec Keira Knightley et James McAvoy).
Revoici Michael Cunningham en pleine forme. Crépuscule nous transporte au coeur d’un New York ténébreux, dans le loft d’un couple de quadragénaires, Peter et Rebecca Harris. Chacun porte en lui le poids d’un passé familial qui les a façonnés et continue de les définir au quotidien.
Lorsque débarque Mizzy, le jeune frère de Rebecca, bien des certitudes vont voler en éclat dans le sillage de son charme vénéneux.
Longtemps après que l’on a tourné la 300e et dernière page, l’histoire et ses personnages si humains continuent de nous hanter… Sans doute est-ce là précisément la définition d’un bon livre?
Crépuscule, Michael Cunningham, traduit de l’américain par Anne Damour, éd. Belfond (env. 25 €).
www.belfond.fr

La couleur des sentiments

5 juin 2012 § Poster un commentaire

La Couleur des sentiments, le film (avec Emma Stone et )

C’est un livre qui vous happe et ne vous lâche plus! Ecrit d’une plume allègre, trempée dans l’empathie (de l’encre sympathique, en quelque sorte), La Couleur des sentiments est un premier roman, celui de Kathryn Stockett, une jeune auteur ultra prometteuse.
J’avais à peine lu les quatre premières pages que l’émotion était là, vibrante, à l’unisson de la voix des narratrices.
Nous sommes au début des années 1960 à Jackson (Mississipi), dans un Amérique encore ségrégationniste. Constantine (mystérieusement disparue), Aibileen, Minny, Yule May, Pascagoula et tant d’autres femmes de couleur servent au sein de familles blanches, maternent des enfants laissés à eux-mêmes et s’accommodent tant bien que mal de leur statut et de leur quotidien. Seule parmi des bourgeois pétris de préjugés, Skeeter, la fille des Phelan, se révèle comme un esprit libre, critique et anticonformiste. Elle entreprendra de changer les choses avec le concours de Minny et d’Aibileen. Ensemble, toutes trois noueront contre toute attente une véritable amitié et braveront la dureté, les stéréotypes et les idées préconçues d’un milieu inflexible.
Si l’ensemble bouleverse et emporte à ce point, c’est que l’auteur, Kathryn Stockett, met en mots son vécu, ainsi qu’elle s’en explique dans une très belle postface. Elle-même a grandi à Jackson, durablement marquée par l’affection et les soins de Demetrie, la bonne de la famille.
Cet opus en forme de coup de maître a été récemment porté à l’écran par Tate Taylor, avec Emma Stone, Viola Davis, Octavia Spencer, Bryce Dallas Howard et Jessica Chastain (The Help en v.o).
Aujourd’hui, Kathryn Stockett vit à Atlanta et travaille à l’écriture de son deuxième roman. Attendu de pied ferme, faut-il le dire…
La Couleur des sentiments, Kathryn Stockett (éditions Jacqueline Chambon, env. 25 €) – http://jacquelinechambon.fr

Le manoir de Tyneford

5 mai 2012 § Poster un commentaire

Le village perdu de Tyneham dans le Dorset

Certaines demeures, certains lieux nous émeuvent à l’égal des personnalités les plus marquantes. Certains grands romanciers en ont d’ailleurs fait un personnage important de leurs romans. Il arrive même qu’une maison soit l’héroïne de l’histoire ou y joue à tout le moins un rôle primordial. Songez à la maison d’Illiers Combray chez Marcel Proust, à la villa de Gatsby chez Francis Scott Fitzgerald, à la maison d’enfance de Colette à Saint-Sauveur en Puisaye (la série des Claudine), au cher manoir d’Agatha Christie, Greenway House, sur la côte du Devon (voir Poirot joue le jeu)…
Si vous aimez les romans d’atmosphère rendant grâce à un lieu chargé d’âme, vous serez happés par le charme du deuxième roman de Natasha Solomons, Le Manoir de Tyneford.
Nous sommes en 1938, à Vienne. La menace allemande se précise et la communauté juive doit songer à se mettre à l’abri. A 19 ans, Elise Landau est contrainte à l’exil et devient domestique dans une grande propriété anglaise du Dorset, dont la magie et la beauté la frappent d’emblée. Elle s’y fera une place, et de quelle façon! bravant le chagrin d’être loin des siens, livrée à une destinée qu’elle va s’approprier.
Il sera question d’amour, de liberté, de perte, de loyauté et d’un manuscrit caché au fond d’un alto. On assiste à la fin d’une époque et à l’aube d’un nouveau monde en compagnie d’une brochette de personnages magnifiques qu’on a de la peine à quitter.
Après « Jack Rosenblum rêve en anglais », Natasha Salomons, jeune auteur vivant sur la côte du Dorset, s’est inspirée d’une demeure bien réelle et d’un hameau, Tyneham, devenu un village fantôme après bien des vicissitudes. Sa grand-tante Gabi Landau lui a inspiré les traits de l’héroïne, Elise et son destin historique.
Le Manoir de Tyneford, Natasha Solomons, éd. Calmann-Levy (2012) – www.editions-calmann-levy.com

Où suis-je ?

Entrées taguées roman sur bioutibox.be.

%d blogueurs aiment cette page :